Depuis les Trois ruines aux animaux, Guernica, Varsovie et Dresde (2012), jusqu’au Théâtre de la Porte-Saint-Martin incendié, 1871 (2024) et sa participation récente à l’exposition « Forme de la ruine » au Musée des Beaux-Arts de Lyon en 2023-2024, la représentation de la ruine traverse le travail de Jean-Marc Cerino. Le ruiné et l’effondrement sont les axes majeurs de cette peinture sur et sous verre que Jean-Christophe Bailly perçoit comme « la chance d’une peinture d’histoire entièrement nouvelle ».
Cette notion d’effondrement traverse cette œuvre profondément mélancolique, participant d’un regard éveillé sur le monde et notre présent, le présent du monde occidental. On pourrait d’ailleurs se demander si l’Occident n’a pas toujours été sous la férule de l’effondrement. L’origine latine du mot, en lien avec la course solaire, est celle de la chute : occidere, tomber. Obligeant, en retour, l’Occident à toujours à être du coté de « la levée », du passage à l’acte et de l’action.
Si le tremblement est un mouvement, c’est aussi la qualification d’un geste, d’une trace, voire d’un effet. Les peintures de Jean-Marc Cerino peuvent sembler trembler, comme traversées par un léger vacillement. Cette perception provient de la dissociation entre l’image, venue de la photographie, sur le côté face du verre, et son fond, de peinture pure, sur le revers. L’épaisseur du support verre crée un écart visuel entre ces deux gestes picturaux, figuratif au recto, abstrait au verso. Cet écart produit un dédoublement, un bégaiement, accentué par l’ombre portée de l’image sur son fond.
L’analogie proposée entre bégaiement et tremblement permet de penser ce dernier comme une manière singulière, fragile, tâtonnante, de dire, d’enregistrer quelque chose du monde.