Les œuvres présentées dans cette exposition témoignent d’une disposition particulière des artistes et artisans à négocier avec les contingences (Guzenzei). Elles expriment un plaisir à composer des rencontres (Meguriai) avec la personnalité des matériaux. Elles invitent à porter un regard attentif à l’âme (Tamashii) des objets, leur vieillissement, les accidents, la transformation des contextes et l’imprévisibilité du vivant. Ces oeuvres ont été imaginées comme des processus, des situations, des expériences dont les trajectoires sont volontairement hasardeuses. Cet enjeu permet d’engager une relecture de certaines oeuvres processuelles qui jalonnent le XXème siècle; d’autres, produites sur place en temps réel, impliquent des principes de délégation. Des artistes ont ainsi confié la réalisation de leurs oeuvres à des tiers aidés par le savoir-faire d’artisans japonais.
Les artistes de la contingence accordent autant si ce n’est plus d’importance à ce qui arrive fortuitement, à ce qui est imprévisible et inattendu qu’à leurs intentions initiales. Le terme “Contingence” vient du latin classique contingere, derivé de contingo, tactum, proprement « Toucher, atteindre de la main» mais aussi arriver, échoir, tomber1. La sensibilité aux contingences est ainsi une manière d’entretenir des relations sensibles avec ce que nous apporte le présent.
Les multiples crises écologiques, sociales et de l’attention trouvent leurs racines dans une crise de la sensibilité aux objets, à l’environnement et aux êtres vivants. Comme remède à cette indifférence, nous voulons mettre en lumière cette esthétique de la contingence qui implique de prêter attention aux objets, à la manière dont ils sont fabriqués, réparés, de les accompagner dans leur vieillissement, d’accepter leur usure et leur impermanence comme faisant partie des qualités essentielles de leur histoire.
Présenté pour la première fois au Kyoto Art Center dans le contexte de la Nuit Blanche en 2024, cette exposition conçue par Sébastien Pluot à la Galerie Jocelyn Wolff propose de nouvelles oeuvres et un programme de conversations, de performances, d’activations, de cérémonies du thé et un banquet proposant de faire le voyage retour de Paris à Kyoto en dégustant des raviolis.
Mel Bochner, artiste américain majeur depuis les années 196O nous a récemment quitté. Transduction, une de ses oeuvres clef est à l’honneur dans cette exposition qui lui est dédiée.
Notes
1 Dictionnaire latin Le Gaffiot. En Grec, endechomeno : « ce qui peut arriver ou pas, ce qui peut être reçu ». Toucher de la main ce qui arrive, ce qui échoit.